Pratiques religieuses à Ndzuani : La gendarmerie a investi plusieurs mosquées vendredi dernier

Pratiques religieuses à Ndzuani : La gendarmerie a investi plusieurs mosquées vendredi dernier

Pratiques religieuses à Ndzuani :  La gendarmerie a investi plusieurs mosquées vendredi dernierDepuis l'entrée en vigueur, il y a trois ans, de la loi portant réglementation des pratiques religieuses en Union des Comores, la gendarmerie de l'ile de Ndzuani, souvent sous l'ordre des autorités politiques, est déjà plusieurs fois intervenue pour dissuader des fidèles de courants religieux minoritaires de pratiquer leurs rites. Cette loi n'a jusqu'ici pas été mise en pratique dans un cadre strictement judiciaire.La journée du vendredi dernier a été riche en incidents religieux sur l'ile de Ndzuani. Dans la petite bourgade de Mirongani, commune de Sima à l'ouest de Ndzuani, la gendarmerie avait pris position devant l'ancienne mosquée de vendredi de la localité, interdisant son accès aux fidèles. Certains rebroussaient chemin en maugréant, rouges de colère. Tout le monde était dirigé vers la mosquée nouvellement construite, qui n'attire pas les «aristocrates» de ce petit village de près d'un millier d'habitants. «C'est qu'il y a, c'est que dès le début de la construction de cette nouvelle mosquée, les villageois s'étaient entendus de transférer la prière du vendredi ici une fois celleci terminée. Mais aujourd'hui ceux qui se disent de la bonne société ne veulent pas quitter l'ancienne mosquée, symbole de leur noblesse », a confié un jeune instituteur du village. Le même jour et au même moment, presque le même scénario à s'est produit Bambao-mtsanga, à l'est de l'île. Ici encore, la maréchaussée intervenait pour disperser des fidèles, cette fois de confession wahhabite, dans leur propre mosquée. Le courant wahhabite, de plus en plus important à Ndzuani, est de moins en moins toléré par l'autorité publique. «Aujourd'hui, une famille peut constituer un groupe religieux et vouloir disposer de sa propre mosquée. Des gens entrent dans le pays et achètent des fideles avec de l'argent. Tout est politisé... », a déclaré, à ce propos sur les ondes de l'antenne anjouanaise de la radio nationale, El-hadad Houmadi, premier adjoint du maire de Bambao-mtsanga. Considérant certains actes de la prière pratiquée par de nombreux fidèles musulmans comme «pas conformes » à la tradition du prophète Muhammad, les wahhabites (appelés ici djawula) préfèrent dès lors «prendre leur distance avec ces courants hérétiques». Les préoccupations religieuses de la gendarmerie ce même vendredilà se sont poursuivies jusqu'au soir, à Mutsamudu, où il lui a fallu de nouveau s'interposer pour mater une rixe sur le point de s'éclater, dans la zawiya (lieu de culte soufi) de la confrérie rifayi. Alors qu'un groupe d'adeptes avait formé son cercle et psalmodiaient ses cantiques soufis à la mémoire du défunt grand cheikh Saïd Ahmad Ar'rifayi, un autre groupe aurait fait irruption à l'intérieur du cercle pour perturber le rituel. Disons, toutefois, que depuis l'entrée en vigueur, il y a trois ans, de la loi portant réglementation des pratiques religieuses en Union des Comores, la gendarmerie de l'ile de Ndzuani, souvent sous l'ordre des autorités politiques et rarement de la justice, est déjà plusieurs fois intervenue pour dissuader des fidèles de courants religieux minoritaires de pratiquer leurs rites. Cette loi n'a jusqu'ici pas été mise en pratique dans un cadre strictement judiciaire. Autrement dit, aucune décision de justice n'a jusqu'à ce jour condamné des contrevenants à ladite loi. Il y a juste des arrestations de la gendarmerie suivies de garde à vue, ou des opérations de dispersion de fidèles de leur lieu de culte.  
Sardou Moussa
Source(sans la photo) : Al-watwan N° 3115 du mardi 14 février 2017 UN OEIL SUR LES COMORES